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Ce mardi 20 janvier, le groupement Paysans-Meuniers s’est réuni à la ferme de du château à Bonnine pour une matinée placée sous le signe des échanges, du partage d’expérience et de l’expertise technique. En ce début d’année, plus calme sur le plan des travaux en champs, la place est faite à une analyse des coûts de production. La DAEA (Direction de l’analyse économique agricole) animée par Olivier Miserque et Grégory Etienne sur les coûts de production des céréales. Un agriculteur du groupement a ensuite présenté ses coûts de production en farine.

Présentation DAEA – Olivier Miserque : Rentabilité et coûts de productions en grandes cultures

Olivier Miserque, de DAEA et du SPW ARNE, a ouvert la réunion en présentant une analyse détaillée de la rentabilité et des coûts de production en grandes cultures. La DAEA suit entre 400 et 450 exploitations agricoles, avec une équipe de 15 comptables et 8 analystes dédiés. Chaque exploitation reçoit, une fois l’exercice comptable clôturé, un résultat individuel, puis un comparatif avec la moyenne des autres exploitations analysées.

Le revenu comparable par travailleur et par an, un des indicateurs de la santé économique des exploitations, indique une grande volatilité en agriculture. Si l’on compare le revenu du travail en agriculture au revenu comparable des autres secteurs d’activité, on observe un décrochage du revenu en agriculture et en plus une grande volatilité entre les spéculations. Il est à noter qu’en grandes cultures, ce revenu est généralement supérieur à celui des autres productions agricoles.

La répartition des exploitations en 2024 révèle une grande disparité entre les exploitations. Par exemple, un cinquième des agriculteurs spécialisés en grandes cultures affiche un résultat négatif, tandis qu’un autre cinquième dépasse les 100 000 euros par unité de travail annuel. Les charges totales moyennes s’élèvent à presque 3 000 euros par hectare, réparties entre charges opérationnelles (semences, produits phytosanitaires, etc.), charges de structure (matériel, foncier, main-d’œuvre salariée) et main-d’œuvre familiale. Les charges opérationnelles et de structures ont toutes deux augmenté de 18 % depuis 2021, reflétant l’inflation et la hausse des coûts des intrants et du matériel. Alors qu’en parallèle, les prix de ventes ont plutôt eu tendances à diminuer !

La marge brute, calculée comme la différence entre les recettes et les charges directement liées à une activité, varie fortement selon les cultures. Pour le froment conventionnel, en 2024 qui est une très mauvaise année, elle s’établit à peine à plus de 830 €/ha, valorisation de la paille et travaux par tiers pris en compte. En mode de production biologique, elle est descendue à 465 €/ha si l’on inclut les frais de rotation (qui sont aussi une forme d’investissement pour les cultures à suivre). Toujours du point de vue de la marge brute, la chicorée est la seule culture qui se distingue par sa stabilité. Chaque culture présente une variabilité plus ou moins importante et il est rassurant de voir qu’un assolement diversifié réduit la variabilité de la marge moyenne des cultures.

Le prix de revient, Les coûts de production qui incluent la répartition des charges de structure et la valorisation de la main-d’œuvre familiale (estimée à 22,57 euros de l’heure en 2024), permettent une vision plus complète de la rentabilité. Par exemple, pour le froment bio entre 2020 et 2024, les coûts totaux atteignent 2 500 euros par hectare, pour un rendement moyen de 4,6 tonnes par hectare, soit un coût de production de l’ordre de 540 €/t. Si l’on prend en compte les aides et la valorisation de la paille, le prix de revient s’établit à 255 euros par tonne. Ce résultat reste positif si la main-d’œuvre familiale est valorisée. Attention, il est à souligner que certaines cultures de rotation, destinées à maintenir la fertilité des sols, affichent des marges faibles ou déficitaires. C’est donc de façon systémique et à l’échelle de la rotation qu’il convient de comprendre la rentabilité de son exploitation.

Concernant les activités de transformation, la DAEA a démarré une réflexion pour améliorer l’enregistrement et le traitement de ces activités (aussi appelées AAL – Autres Activités Lucratives) pour remettre à l’exploitation des informations plus pertinentes.

LA DAEA est en recherche de nouveaux bénéficiaires pour tenir des comptabilités agricoles, n’hésitez pas à solliciter leur service gratuit pour obtenir des indicateurs et participer en échange à l’alimentation des données !

Témoignage et partage d’expérience d’un agriculteur – meunier bio – pour des conditionnements en sacs de 25 Kg

Transformer son froment en farine : que coûte vraiment la mouture à la ferme ?

Valoriser son froment en farine boulangère peut sembler une bonne façon de sécuriser un débouché plus rémunérateur que le négoce classique. Mais que révèle le calcul du prix de revient lorsqu’on intègre le stockage, le nettoyage et la mouture à la ferme ?

Du champ au moulin : premiers coûts

Dans l’exemple étudié, la culture est en mode de production biologique.

Le prix de revient du froment en sortie de champ est de 400 €/tonne. À cela s’ajoutent les coûts de stockage et de nettoyage, évalués à 100 €/tonne, en tenant compte d’environ 5% de pertes et des frais de nettoyage. On arrive donc à un froment valorisé à 500 €/tonne à l’entrée de la meunerie.

L’hypothèse de travail repose sur :

  • 15 hectares de céréales
  • Un rendement de 4 tonnes par hectare
  • Un investissement de 120 000 €, avec 35% d’aides et un remboursement sur 10 ans
  • Une main-d’œuvre valorisée à 15 €/heure (soit environ 13 000 €/an en théorie), calculée à la tonne de froment, le gros du temps étant consacré au nettoyage (la mise en sac étant optimisée).

Le temps de discussion avec le boulanger et le temps de livraison ne sont pas pris en compte dans ce calcul.

Coût de la mouture et prix de la farine

Sur cette base, le coût de la mouture est estimé à 425 €/tonne de céréales. Pour calculer un prix de revient de la farine, on additionne le coût du froment (500 €/T) et celui de la mouture (425 €/T), ce qui donne une base d’environ 0,93 €/kg de farine.

Ce prix de revient dépend ensuite du rendement de la mouture, c’est-à-dire de la proportion de farine obtenue par rapport à la quantité de grain :

  • Avec un rendement de 80%, le prix de revient de la farine atteint environ 1,17 €/kg
  • Avec un rendement de 70%, il monte à 1,32 €/kg
  • Avec un rendement de 60% (farine très blanche), il grimpe à 1,54 €/kg.

Des frais encore à intégrer

Les chiffres présentés ci-dessus ne comprennent pas l’entretien ni les réparations de la meule. Pour fixer un prix de vente réaliste, il est indispensable d’y ajouter ces postes, ainsi que :

  • Les frais de commercialisation
  • Les coûts de logistique
  • Le temps passé en relation avec les clients (boulangers, magasins, etc.).

Sans ces éléments, le prix de revient est sous-estimé.

Au-delà du revenu : un débouché plus stable et plus cohérent

L’objectif ici n’est pas nécessairement de créer des revenus supplémentaires mirobolants, mais plutôt d’obtenir un débouché plus rémunérateur et plus stable que le négoce traditionnel pour la production de ses céréales. Le travail repose ici sur une approche systémique et globale de la ferme, où la transformation fait partie d’un projet cohérent (assolement, investissements, débouchés, partenariats).

Dans cette logique de groupement, l’idée est de mieux comprendre la rentabilité de la mouture à la ferme, non pas isolément, mais comme une brique d’un ensemble plus large : celui de la résilience économique et agronomique de l’exploitation.

Julien Beuve-Méry — Chargé de mission Grandes Cultures
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