Skip to main content
search

Au début du mois de mars le Collège des Producteurs, ses représentants de la filière horticulture comestible et les partenaires de Wasabi 2.0 ont eu l’opportunité de visiter le centre de recherche de la coopérative Hoogstraten, située au nord de la ville d’Anvers. À travers ses essais variétaux, techniques et énergétiques, le centre explore des solutions concrètes pour améliorer la performance des systèmes de production tout en répondant aux défis économiques et environnementaux du secteur. Cette visite était l’occasion d’en apprendre plus sur le fonctionnement du centre de recherche et sur les essais de pointe réalisés sur les cultures de fraise, poivron et tomate.

Fonctionnement du centre   

Le Proefcentrum Hoogstraten vzw est un centre de recherche horticole à vocation pratique, spécialisé dans la recherche et la vulgarisation en matière de culture de fraises (sous abri et en plein champ) et de culture de tomates et de poivrons sous serre. Le centre est partiellement financé par les producteurs de la coopérative qui lui versent une partie de leur chiffre d’affaires. Cette « cotisation » est complétée par quelques financements publics et la mise en place d’essais payants à la demande d’entreprises privées. Les principaux sujets de recherches sont : les essais variétaux, les essais de nouvelles techniques culturales et l’optimisation de l’usage des intrants (énergie principalement mais également gestion de l’eau et choix des substrats).

Elements qui ressortent des essais sur la culture de fraises

  • Variétés 
    • Le centre teste tant des variétés dites « de juin » que des variétés remontantes. Les variétés remontantes prennent de plus en plus de place dans les essais (20% des volumes commercialisés par la coopérative Hoogstraten)
    • La principale variété produite en hors-sol est la Sonsation (très gros potentiel de rendement)
  • Fertigation
    • Certains essais visent à augmenter la productivité des plants en combinant le timing des apports en fertigation et la variation de la durée des jours
    • La solution est composé en partie de l’eau de pluie collectée sur les serres
  • Substrat
    • Le substrat utilisé actuellement est de la tourbe combinée à de la fibre de bois
    • Le centre cherche à remplacer la tourbe car il probable que cela ne soit plus autorisé bientôt. Des essais à base de miscanthus sont mis en place
  • Biostimulants
    • Le centre teste une trentaine de biostimulants par an pour permettre aux producteurs de la coopérative d’y voir plus clair dans le large éventail de produits disponibles aujourd’hui sur le marché. Sur la trentaine testée seuls un ou deux seulement sortent du lot chaque année.
  • Infrastructures
    • Les serres utilisées pour les essais en fraise font 8 m de haut. Ce sont les même qu’en tomate mais le centre perd beaucoup de volume ainsi car une telle hauteur n’est pas nécessaire en fraise.
    • L’éclairage comprend des longueurs infra-rouge lointain utilisées notamment en début de saison (fin hiver-début printemps) car les couchers de soleil sont trop courts en cette période et les plants sont en carence de cette longueur d’ondes.
    • Des ventilateurs sont installés en hauteur pour brasser l’air sans perturber les plants
  • Lutte contre les bioagresseurs
    • Pour lutter contre le mildiou un robot équipé de lampes UVC passe régulièrement entre les plants et glisse sur des rails placés au sol de la serre. Il est nécessaire de passer souvent pour maintenir un effet préventif. En effet, l’apparition de symptômes de mildiou indique qu’il est trop tard pour sauver les plants et que le pathogène est trop bien installé
    • Le robot passe uniquement de nuit car la lumière du soleil est composée notamment de longueurs d’ondes bleues permettant de réparer les blessures faite à l’ADN du pathogène.
    • Les plants de fraisier sont suffisamment résistants pour ne pas subir de dommages (le dosage des UVC est prévu à cet effet). Toutes les plantes peuvent être traitées aux UV, il faut simplement ajuster la dose
    • Le robot coûte environ 35 000€ (modèle fonctionnant sur rails ou sol bétonné)
    • Résultats d’utilisation du robot UV : plus aucun traitement chimique contre le mildiou
    • Les plants sont désinfectés à l’avance par de la vapeur. Cela permet de lutter (préventif) contre le Phytophtora, les pucerons, les nématodes, les mouches blanches…
    • Les traitements chimiques mis en place sont :
      • 2 traitements chimiques et 3 bio contre la pourriture du fruit
      • Un traitement chimique si besoin contre les pucerons (produits bio n’ont pas une efficacité suffisante)
      • Traitements préventifs en amont pour les maladies racinaires
    • Sur les 10 dernières années les volumes de phytos utilisés par le centre de recherche ont diminué de 40% (notamment parce que de nombreuses molécules ont été interdites)
  • Climat
    • Il est intéressant de noter que le changement climatique a un effet plus fort sur les variations de rendement que l’usage ou non de pesticides. Aujourd’hui il faut des variétés adaptées au climat
    • Aujourd’hui le souci principal avec le changement climatique est qu’il fait trop vite trop chaud et que les plants font beaucoup de feuilles et moins de fruits
    • Dans les serres on dépense plus d’énergie à refroidir qu’à chauffer
    • La technique de refroidissement la plus efficace est la brumisation à haute pression. Une brume dense assombrit la serre mais se vaporise avant de toucher les plants et donc ne créé pas d’humidité

Elements qui ressortent des essais sur la culture de poivrons

  • Infrastructures et disposition des essais
    • Les poivrons poussent dans des blocs de laine de roche. Néanmoins, la plupart des producteurs de la coopérative transitionnent vers des substrats organiques
    • On garde 3 ou 4 tiges par plant
  • Essais
    • Les essais en poivrons se focalisent principalement sur les modalités d’éclairage et de fertigation
    • Il y a aussi des tests sur la gestion des pucerons (aucun produit ne présente une efficacité suffisante sur toute la saison)
      • Les essais s’intéressent aux insectes bénéfiques
      • De l’orge est installée dans les serres pour attirer des pucerons non dangereux pour les poivrons mais permettant à une population d’insectes bénéfiques de se nourrir et de s’installer pour ensuite lutter contre les pucerons vecteurs de maladies du poivron
      • Des tests de gestion de l’azote pour diminuer l’appétence des plants sont en cours
    • Essais sur le dosage du CO2 (aujourd’hui le CO2 vient de la production de chaleur. Certains producteurs doivent tout de même acheter des bonbonnes).
  • Eclairage
    • Peu de producteurs sont équipés en lampes pour les poivrons. Les résultats obtenus par le centre montrent que l’usage de lampes permet d’avance de 6 semaines la récolte. A voir si cela compense le coût des lampes et de l’électricité
  • Energie
    • En modifiant les paramètres de la culture il est possible d’économiser jusqu’à 25% d’énergie

Elements qui ressortent des essais sur la culture de tomates

  • Les variétés testées sont à destination de Flandria (la plupart des producteurs utilisent les quelques mêmes variétés).
    • Le plus gros obstacle en production de tomates est la gestion des maladies. La plupart des maisons de plants ont des variétés résistantes dans leurs catalogues mais cela ne suffit plus
  • Les tomates sont plantées dans des blocs de laine de roche et les plants font 50 cm lors de la plantation. On garde 2 tiges et 2.5 tiges /m². Sans éclairage on garde jusque 3.2 tiges /m²
  • Beaucoup d’essais dirigés vers l’économie d’énergie
  • Autres essais : combinaison fertigation /substrat, porte-greffe, spectre lumineux variable…
  • Des panneaux solaires sont en test à l’intérieur de la serre. Ils tournent pour suivre le soleil et devraient ne collecter que les longueurs d’ondes dont les plantes n’ont pas besoin. On note quand même une réduction globale de l’intensité lumineuse en dessous (ce qui, en fraise, permet d’avoir de meilleur calibre. En tomate en revanche on cherche à maximiser l’intensité pour maximiser les rendements)

 

 

Mathilde Eck — Chargée de mission Horticulture Comestible
Email / Publications