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Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment vous êtes arrivée dans la filière aquacole ?

Je m’appelle Angélique Gillet et je suis piscicultrice dans la région de Paliseul.

J’ai suivi un graduat en agronomie à la Haute École de la Reid et, lors de ma dernière année, j’ai eu l’occasion de réaliser un stage dans le cadre de mon mémoire de fin d’études sur la production de truites aux piscicultures de Mirwart et de Sainte-Cécile. Ce stage a été une véritable révélation pour moi : la diversité des tâches, le travail en extérieur, la technicité nécessaire, le contact avec la nature et l’échange avec la clientèle m’ont énormément séduite.

Forte de cette expérience, j’ai postulé dans plusieurs piscicultures et j’ai eu la chance d’être contactée par la Pisciculture de la Gernelle, dirigée par Marc Haelemeersch, avec qui j’ai suivi une formation en pisciculture pendant deux ans. Ensuite, j’ai repris sa pisciculture et je me suis installée comme indépendante le 3 janvier 1996.

Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce que vous produisez en aquaculture ?

Au départ, je me suis spécialisée dans la production de truites fario, destinées à l’empoissonnement des rivières. Depuis 2008, je me suis diversifiée en produisant également des truites arc-en-ciel destinées à la consommation, notamment via l’approvisionnement de restaurants locaux.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans l’élevage de poissons ?

J’ai toujours été attirée par le contact avec la nature et un métier qui allie technique, observation et patience. La pisciculture m’a offert tout cela : travailler avec le vivant, suivre les cycles naturels et produire un aliment sain et de qualité.

Concrètement, que produit-on en aquaculture en Wallonie et quel est le rôle des producteurs dans cette filière ?

En Wallonie, la filière aquacole produit principalement de la truite, mais il existe également des producteurs de poissons d’étang, de poissons-vifs pour la pêche comme le vairon, et même d’esturgeons pour la production de caviar.

Nous sommes une petite filière, d’une quarantaine de pisciculteurs, mais très spécialisée et passionnée. Notre priorité est la qualité : nous orientons nos productions vers des poissons sains, élevés dans de bonnes conditions, et nous nous engageons pleinement pour le respect de l’environnement et des consommateurs.

Selon vous, le grand public connaît il votre métier ?

Malheureusement, notre métier reste peu connu et manque de visibilité. Beaucoup ignorent les exigences nécessaires pour produire des poissons de qualité, et la technicité qu’il requiert. Par contre, lorsque le public découvre notre travail, il est très intéressé et rapidement conquis, ce qui nous motive énormément à partager notre passion.

Pourquoi l’aquaculture locale a-t-elle sa place dans l’alimentation d’aujourd’hui et pourquoi est-il important de la soutenir et de mieux la connaître ?

L’aquaculture locale est essentielle car de plus en plus de consommateurs souhaitent connaître l’origine de leurs aliments et privilégier le local. Notre filière est unique en Wallonie pour répondre à cette demande : nous offrons du poisson produit localement, dans des cours d’eau de qualité, soumis à des contrôles réguliers sur la qualité de l’eau, de l’alimentation et de la chair des poissons.

Informer et sensibiliser le public est crucial. Nous partageons également des recettes et des conseils culinaires pour sublimer nos produits. En goûtant nos poissons, les consommateurs adoptent naturellement nos productions.

À quoi ressemble une journée type dans votre exploitation ?

Toutes les journées sont différentes. Nos activités sont souvent saisonnières : reproduction, alevinage, grossissement, pêche, empoissonnement, livraisons… Mais le soin quotidien apporté aux poissons est constant et primordial.

Quels sont les moments les plus exigeants… et les plus satisfaisants de votre travail ?

Le soin apporté aux œufs de truites est sans doute le plus exigeant : il demande délicatesse, attention et rigueur. La réussite de l’incubation des œufs conditionne directement le futur de la production.

Mon plus grand plaisir est de pêcher mes étangs et de constater la qualité des truites prêtes à être empoissonnées dans les rivières ou vendues aux consommateurs. Voir le fruit de son travail ravir les pêcheurs et les gourmets est extrêmement gratifiant.

En tant que femme, quel regard portez-vous sur la place des agricultrices dans l’aquaculture aujourd’hui ?

Il faut reconnaître que les femmes restent peu nombreuses dans ce secteur et sont souvent aides de leur conjoint pisciculteur. Cependant, si l’on est passionnée et motivée, il faut oser se lancer : il y a beaucoup de travail, mais aussi de belles opportunités à développer.

Avez-vous constaté des évolutions ces dernières années concernant la place des femmes dans le secteur agricole ?

Oui, on constate de plus en plus de femmes qui s’investissent en pisciculture aux côtés de leur conjoint, même si je reste encore aujourd’hui la seule piscicultrice installée de manière indépendante dans ma région. J’espère que la formation de nouvelles candidates permettra à d’autres femmes de trouver leur vocation dans ce métier.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour les producteurs aquacoles ?

Notre filière fait face à plusieurs défis : le changement climatique, les importations à bas prix, la prédation par les oiseaux piscivores, l’échauffement des eaux par les barrages de castors, et le renouvellement des générations pour transmettre notre savoir-faire.

Quelles sont, au contraire, les opportunités ou les raisons d’être optimiste pour l’avenir de la filière ?

Les consommateurs reconnaissent de plus en plus la qualité de nos produits, malgré les crises successives. La filière investit également dans la formation de nouveaux candidats pisciculteurs, ce qui est encourageant pour la pérennité et le développement du métier.

Que diriez-vous à une jeune femme ou à un jeune qui envisagerait de se lancer dans l’aquaculture ?

Je lui dirais de croire en ses rêves, d’oser se lancer et de ne pas avoir peur du travail, car ce métier est riche d’expériences et de satisfactions.

Si vous deviez résumer votre métier en quelques mots, comment décririez-vous la filière aquacole ?

Diversité, nature, extérieur, passion, qualité, transmission.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

Le contact direct avec la nature, la diversité des activités et la liberté que ce métier offre au quotidien.