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Filières agricoles wallonnes : pourquoi, pour qui encore produire en Wallonie ?

Les pistes de réponses d’acteurs du monde agricole

À l’occasion de la table ronde organisée le 18 novembre, plusieurs acteurs des filières, de la production, de la transformation et de la recherche ont apporté des pistes de réponse. Tous s’accordent sur un point : produire en Wallonie reste essentiel, pour garantir une alimentation de qualité aux citoyens, renforcer la souveraineté alimentaire du territoire et construire des filières locales capables de créer de la valeur équitablement partagée. Leurs témoignages montrent que la relocalisation, l’innovation, la coopération et la reconnaissance de la valeur ajoutée des produits wallons seront déterminantes pour l’avenir. Une plongée dans les enjeux agricoles wallons : les visions des acteurs réunis le 18 novembre.

L’économiste Philippe Ledent suggère que, pour maintenir l’agriculture en Wallonie et pouvoir proposer des produits spécifiques, de haute qualité aux consommateurs belges, il est nécessaire de construire des filières locales rémunératrices pour les producteurs et visibles pour les consommateurs. En effet, dans la société de services, décrite par Philippe Ledent, où l’alimentation est considérée comme un fait acquis, il faut raconter une histoire aux consommateurs et les convaincre de payer la valeur ajoutée des produits wallons spécifiques et de haute qualité.

Construire des filières locales rémunératrices ?

Francis Bebronne, responsable marketing chez Terre de Fromages

« En contractant directement avec 22 producteurs laitiers du Pays de Herve, la fromagerie offre une stabilité des prix et redonne du sens au travail des éleveurs, dont le lait est transformé localement en produits à forte identité. Comme 90 % des fromages produits sont vendus en Belgique, cela permet à l’agriculteur de dire à sa famille que le fromage qu’ils voient en magasin est en partie fabriqué avec son lait. En plus, nous avons mis en place un mécanisme de calcul des prix qui permet partiellement de sortir de la spéculation mondiale sur les prix. »

« L’activité de Terre de fromage n’a de sens que si elle transforme du lait. Si l’entreprise n’a pas de lait, elle arrête son activité en quelques jours. Par conséquent tous les maillons de la filière (producteurs, transformateurs) sont interdépendants et ont besoin de producteurs qui produisent du lait collecté au quotidien »

Noémie Maughan, créatrice du podcast « Le pain qu’on sème » – Agroecology lab – ULB

« Il y a urgence à reconstruire des filières complètes. Actuellement, 90 % des céréales wallonnes ne sont pas panifiables. La filière des céréales panifiables est longue, et malgré l’existence de quelques acteurs appelés “paysans boulangers” qui intègrent toutes les étapes, cette configuration est rare et peu soutenue par le cadre légal. La filière rencontre donc de nombreux défis, notamment une perte très rapide des savoirs et des savoir-faire. De nombreuses personnes doivent se former en France, ce qui démontre un manque de formations institutionnalisées dans la meunerie et la boulangerie en Belgique. Par ailleurs, les céréales panifiables sont plus compliquées à produire techniquement, notamment parce que les variétés adaptées et les manières de gérer ces variétés ont aussi été perdues. Les maillons de la filière ont des intérêts et des temporalités différentes, et bien souvent, “ne se parlent pas”.

« Pour la filière du grain en pain, on a vraiment vu qu’il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau, par exemple, de la mutualisation des outils de production, au niveau peut-être de l’accès au marché des collectivités, donc des écoles, des maisons de repos, des cantines, au niveau aussi de la contractualisation en direct. »

Arthur Lhoist, Directeur d’impact cher Tero Group et co-fondateur de Teroir.

« Une des clés du succès est d’y aller étape par étape. Notre projet a mis 10 ans pour en arriver à son état actuel. Il est essentiel d’avoir une vision d’un modèle qui cherche la résilience et à court-circuiter les circuits longs. Cependant, le circuit court n’est pas un objectif à tout prix, mais doit intégrer dans sa réflexion des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Le modèle doit tenir compte d’une main d’œuvre disponible rémunérée au juste prix et être économiquement viable. Il est important de tenir compte des enjeux de chaque partie prenante dans la chaîne de valeur. Les contraintes de chacun ne sont pas uniquement financières, mais sont aussi psychologiques, opérationnelles, logistiques, et dépendent de ce que le consommateur recherche. »

« Je reconnais que mon groupe a une approche peut-être un peu plus entrepreneuriale de la chose, étant moi-même issu du monde de l’entreprise et de la restauration. Cependant, j’observe que la diversification dans les fermes est là où l’on voit le gros de la croissance dans le secteur agricole wallon aujourd’hui. »

Anne Reul, directrice générale de FEVIA Wallonie et de FEVIA Bruxelles

« L’industrie alimentaire wallonne a un ancrage local fort : 70 % des matières premières agricoles utilisées par l’industrie alimentaire belge proviennent de Belgique. Pour des filières comme la viande, les légumes ou le lait, ce chiffre dépasse 90 %. »

« Pour nous, c’est important qu’on travaille tous ensemble parce qu’on est tous dans le même bateau. L’industrie agro-alimentaire achète 61 % de la production agricole belge. Tous les acteurs de la filière, tous les acteurs du système, agro-alimentaire belge sont confrontés aux mêmes contraintes réglementaires, au déficit de compétitivité, au budget très étroit comme on l’a dit tout à l’heure. Et donc, on doit travailler ensemble sur des filières qui vont créer de la valeur chez nous et qu’on pourra partager ensuite entre tous les maillons de la chaîne. Développer des filières locales et durables, c’est créer de la valeur partagée et renforcer notre résilience. Il existe de nombreuses collaborations réussies en Wallonie, notamment dans les céréales et légumineuses, le blé, l’avoine, l’épeautre, le millet, la moutarde, le tournesol, le colza, la luzerne, les pois protéagineux, la féverole, mais aussi dans les secteurs de l’orge brassicole, du lait, de la viande, des fruits et légumes, etc. Mais sans innovation, pas de filières ni d’attractivité pour nos clients, au niveau belge et international. C’est pour cela qu’il est essentiel de continuer à innover, avec le soutien des autorités. C’est avec l’innovation que nous créerons de la valeur pour l’ensemble de la chaîne alimentaire et pourrons rayonner en dehors de nos frontières »

« S’approvisionner plus localement et dans des pratiques durables, là où c’est pertinent, et renforcer notre ancrage local, va nous permettre d’être plus fort à et de briller à l’international, tout en créant de la valeur partagée entre tous les acteurs de la chaîne. Il faut bien sûr veiller à ce que cette valeur soit ensuite partagée équitablement entre tous les maillons de la chaîne. Il y a certainement de nouveaux équilibres à trouver … . »

Des consommateurs prêts à payer pour des produits locaux de qualité ?

Maxime Albanese, producteur de viande bovine

« En fait, le consommateur est dur à cerner. Je pense que tout le monde en est conscient ici. Nous, à la ferme, nous avons choisi les consommateurs qui voulaient travailler avec nous, nous avons fait le choix de les suivre et donc de faire de la vente directe. Nous essayons de répondre au mieux à leurs attentes.»

« Quand on explique nos contraintes aux consommateurs, ils comprennent. Les consommateurs qui nous suivent ont été d’accord d’augmenter le prix d’achat de la viande de 2 €/kg sur les 12 derniers mois. Par contre, nous ne savons pas écouler tout notre volume comme ça. J’estime qu’il y a entre 10 et 20 % de gens qui sont capables d’avoir ce raisonnement. »

« Il est très difficile de répondre aux attentes des 80 % des gens qui raisonnent plus par le portefeuille parce que la seule façon de les contenter, c’est d’avoir le produit le moins cher possible. C’est pareil dans toutes les filières. Dans le circuit court, on ne peut qu’essayer de diminuer le nombre d’intermédiaires et de gagner quelques cents à différents niveaux de la production. Par contre, révolutionner le circuit long, c’est encore très compliqué. »

Noémie Maughan, créatrice du podcast « Le pain qu’on sème » – Agroecology lab – ULB

« Dans le podcast, on va partir avec un focus sur la question de ce qu’on donne à manger à la population ou, en tant que consomm’acteur, qu’est-ce qu’on mange ? Quel type de pain en fait on a envie de manger ? On voit que ce qui est pour l’instant offert aux gens n’a plus rien à voir avec ce qu’on pourrait trouver dans une cuisine par exemple. Pour faire du pain, c’est très simple : il faut de la farine, du sel, de l’eau et de la levure ou du levain. Mais en fait, quand on va dans un supermarché, on se rend compte que ce qu’on trouve à manger ou à acheter dans ces supermarchés est très loin de ces produits de base-là. Le pain industriel contient des édulcorants, des exhausteurs de goût, des conservateurs. Il n’y a plus rien du tout qui en fait un produit qui effectivement nous nourrit. Et du coup, il y a aussi une série de problèmes au niveau de la santé de la population. »

Francis Bebronne, responsable marketing chez Terre de Fromages

« Il y a beaucoup de consommateurs, il y a beaucoup de manières de consommer, beaucoup d’attentes différentes. Et c’est vrai qu’il faut être attentif à ce qui se consomme plus sur le marché pour développer des produits qui correspondent un peu plus aux attentes d’aujourd’hui. Donc ce qu’on remarque aussi, je prends un exemple sur des publics plus jeunes, l’entrée vers le fromage se fait davantage par des fromages à chaud. Alors qu’avant, c’était la consommation sur plateau de fromage, sur le pain, le petit-déjeuner fromage. Vos parents, vos grands-parents, en tout cas les miens, ils avaient du fromage de Herve, une tartine et du sirop et c’est ce qu’ils mangeaient tous les matins. Je ne sais pas qui fait encore comme ça. Nos enfants à nous, ils fonctionnent différemment. Ils mettent du fromage râpé sur les pâtes, ils achètent des burgers, ils aiment bien faire des raclettes etc. Il faut avoir cette capacité aussi d’offrir sur le marché ce que les consommateurs veulent acheter. Je me souviens d’une discussion avec un acheteur de la grande distribution qui disait que seuls les Suisses et les Français savaient faire du fromage raclette. Nous avons persévéré et, maintenant, nous avons des positions intéressantes en fromage raclette sur le marché belge. »

Arthur Lhoist, Directeur d’impact cher Tero Group et co-fondateur de Teroir.

« La vision développée par Tero permet aussi de pousser certains produits locaux vers le consommateur. Notre idée est de reconnecter le monde de la restauration avec le monde agricole et de faire le lien entre les différents maillons de la chaîne pour qu’ils collaborent et communiquent bien. »

« J’estime que nous touchons les 10 à 20 % de personnes convaincues. Cependant, en travaillant avec des entreprises via le traiteur événementiel, je remarque que ces entreprises font appel à nos services non pas spécifiquement parce qu’ils sont engagés en circuit court et attentifs à la qualité, mais simplement parce qu’elles veulent faire appel aux services de traiteurs événementiel. »

Anne Reul, directrice générale de FEVIA Wallonie et de FEVIA Bruxelles

« L’objectif de la production, que ce soit les agriculteurs ou l’industrie alimentaire, c’est de répondre à la demande. 61 % des produits alimentaires belges se retrouvent dans la grande distribution belge et 70% dans l’HoReCa. Donc, il y a quand même pas mal de produits alimentaires belges qui se retrouvent chez les Belges, mais il y a certainement des choses à améliorer. Je pense que l’on doit mieux vendre ce qui est produit chez nous et mieux le faire connaître. On a une qualité de production qu’elle soit agricole ou alimentaire qui est parfois plus reconnue à l’étranger que chez nous. En Wallonie, il y a vraiment des filières de qualité sur lesquelles on peut travailler ensemble. Pour continuer à assurer ce rôle central, et faire vivre toute la chaîne, Fevia Wallonie défend une stratégie double : s’ancrer localement en investissant dans des chaînes de production locales et durables et viser l’international avec des produits innovants et compétitifs. »

« C’est un fait que les habitudes des consommateurs évoluent et les industries agro-alimentaires suivent aussi ces tendances. Il y a l’effet prix qui joue chez le consommateur, qui regarde son portefeuille aussi. Il y a des recommandations nutritionnelles sur lesquelles on doit essayer de s’appuyer pour veiller à ce que la population s’alimente de façon la plus équilibrée possible. Et donc l’offre doit également s’adapter à ces nouvelles orientations. Mais, l’industrie alimentaire ne pourra pas le faire si la demande ne suit pas. Donc c’est tout un cercle vertueux qu’il faut essayer de mettre en place et de faire évoluer. »

« Il est important de redonner de la valeur à l’alimentation. Donc, comme on le disait tout à l’heure, le consommateur doit pouvoir acheter aussi de la qualité et mettre les moyens de cette qualité. »

« En Belgique, on est bien avancé en termes de sécurité alimentaire. On est un des meilleurs élèves à ce niveau-là, en Belgique. Et alors, il y a la qualité gustative, l’adaptabilité aussi de nos productions qui est d’un haut niveau. »

D’autres questions soulevées par Philippe Ledent ont été abordées comme l’importance de ne pas vivre en autarcie complète mais de diversifier ses sources d’approvisionnement pour garantir la résilience du système ou les mesures de décarbonation inévitables qui peuvent être une opportunité pour le secteur agricole.

Autarcie, sécurité alimentaire et import-export ?

Tom Desmarez, doctorant en Modélisation des systèmes agricoles, ULiège Gbx Agro BioTech. Son travail porte sur la modélisation du système alimentaire wallon et vise à déterminer la capacité du territoire à être autonome du point de vue alimentaire.

« Je suis parti du constat actuel où on dépend entre 80 et 90 % de l’extérieur pour nos alimenter. Par exemple dans la filière des céréales panifiables, on n’en produit que 10 % en Wallonie, le reste, on doit l’importer pour faire du pain. Pour moi, c’était un peu un non-sens et je voulais voir la capacité du territoire à être autosuffisant, même si, ce n’est pas forcément ce qui était souhaitable, mais je pense que c’était important de pouvoir le montrer. »

« Les résultats de mon étude ont montré qu’avec le système actuel, c’est-à dire 30 % de gaspillage alimentaire, en agriculture conventionnelle et avec notre régime alimentaire actuel, on pourrait être autonome à environ à 70 %, ce qui n’est déjà pas mal. Cela veut dire qu’il y a déjà pas mal de capacité d’amélioration par rapport au 20 % de consommation interne actuelle. »

« On a aussi montré que le fait de changer de régime alimentaire, donc de manger moins de viande, ça permettrait d’atteindre cette autonomie alimentaire de 100% parfois en libérant des surfaces, et en le couplant avec une réduction du gaspillage alimentaire. »

« Cependant, on a un territoire où environ 55 % de la superficie agricole utilisée sont des prairies permanentes. Celles-ci ont énormément d’importance pour la biodiversité. Environ la moitié de notre biodiversité dépend des milieux agricoles. Les prairies permanentes jouent un rôle majeur dans la régulation de l’eau, le cycle du carbone, même si, personnellement, je ne pense pas que l’agriculture doit avoir comme rôle de stocker du carbone. Et pour valoriser les prairies permanentes, on a besoin de bovins. Et aussi pour la fertilisation des systèmes de cultures, il faut avoir des ruminants. Et donc il faut bien choisir sa réduction de produits d’origine carnée. En fait, pour le moment, on mange énormément d’animaux monogastriques, donc du porc et du poulet, qui eux sont directement en compétition avec notre alimentation. »

« La question de l’autonomie alimentaire est fondamentale, surtout dans le contexte actuel où on voit que certains partenaires commerciaux ne sont plus aussi fiables qu’ils l’étaient par le passé. Aussi par rapport à certains chocs, comme la guerre en Ukraine ou le Covid. Nous avons vu que nous étions fort dépendants de l’extérieur. On ne peut pas se passer d’agriculture car, en tout cas je l’’espère, tout le monde mange trois fois par jour. »

« Nous ne pouvons pas laisser à des personnes extérieures décider de notre alimentation. C’est à nous de prendre en main notre souveraineté alimentaire et, selon moi, c’est très important d’augmenter cette autonomie. Alors c’est clair, il faut avoir des partenariats commerciaux qui sont solides parce qu’évidemment, il peut y avoir des crises qui font que notre production baisse, mais il faut quand même chercher à augmenter notre résilience alimentaire en produisant ce que nous mangeons. »

« Comment y arriver ? C’est une question difficile. L’agriculteur fait des choix au niveau de son exploitation en fonction de critères économiques car il doit payer ses factures et vivre, pas seulement survivre. On ne peut donc pas faire porter le poids des changements aux agriculteurs mais il faut faire en sorte que les alternatives, qui permettraient de limiter l’exportation, soit plus rentables. »

« En conclusion, je dirais que près de la moitié du territoire Wallon est dédié à l’agriculture, sa force se trouve dans sa diversité. Nous avons montré qu’en cultivant cette diversité, il était possible d’atteindre l’autonomie alimentaire sur notre territoire. Prenons la direction sociétale pour tendre vers cette idée. »

Anne Reul, directrice générale de FEVIA Wallonie et de FEVIA Bruxelles

« Pour nous, ce qui est important plutôt que de l’autonomie, c’est de la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire de pouvoir décider soi-même, c’est le droit des peuples de pouvoir décider de leur système alimentaire.»

« En ce qui concerne les exportations de l’industrie alimentaire : 50% en moyenne de la production est exportée dont 60% vers des pays voisins comme la France, l’Allemagne et 83% des exportations se font dans l’Union Européenne et la Grande Bretagne. Il reste 17% des exportations qui partent vers la grande exportation. »

Les exportations Belges ont diminué ces deux dernières années. On est confronté au même moment à une baisse de rentabilité et à la compétitivité accrue des États-Unis, de la Chine et des pays hors Europe, et même en Europe. »

Francis Bebronne, responsable marketing chez Terre de Fromages

« 85 % des fromages consommés en Belgique sont des fromages qui viennent d’importation. Face à ce déséquilibre, nous avons mis en évidence une vision et nous voulons renverser cette tendance. Le marché du fromage en Belgique est relativement stable en volume et si on peut grappiller 10 % des importations qui viennent de pays lointains, c’est gagnant- gagnant pour toute la filière : nous prévoyons de doubler le nombre de litres de lait du Pays de Herve que nous transformons pour atteindre environ 30 millions de litres par an. »

Le rôle de l’agriculture dans la décarbonation

Tom Desmarez, doctorant en Modélisation des systèmes agricoles, ULiège Gbx Agro BioTech. Son travail porte sur la modélisation du système alimentaire wallon et vise à déterminer la capacité du territoire à être autonome du point de vue alimentaire.

« Personnellement, je ne pense pas que l’agriculture doit avoir comme rôle de stocker du carbone. On ne peut pas se passer du rôle nourricier de l’agriculture. »

Maxime Albanese, producteur de viande bovine

« L’agriculture est le seul milieu qui sait capter du carbone plutôt que de décider de simplement moins en émettre. Pour l’instant, le monde agricole est plutôt réfractaire à intégrer la rémunération carbone. Mais si d’autres industries l’utilisent et pas nous agriculteurs, nous serons simplement des victimes et nous serons passé à côté de l’opportunité. Cela peut être une chance, si on travaille dessus maintenant et qu’on fixe des balises saines.

« Il est important que l’impact carbone de la viande bovine wallonne soit comparé avec l’impact carbone réel de la viande importée. A-t-elle un impact plus ou moins important que la viande locale ? Il faut aussi regarder les tendances, l’évolution de l’impact carbone. L’’impact carbone dans la viande a plutôt tendance à diminuer. »

Finalement, pour qui les acteurs de terrain veulent-ils produire en Wallonie ?

La production agricole en Wallonie est une nécessité qui bénéficie à toute la société.

Premièrement aux consommateurs qui peuvent bénéficier d’une alimentation de qualité, dont ils connaissent l’origine. Cependant, le consommateur wallon a besoin de repères clairs pour savoir quoi acheter et où.

En produisant en Wallonie, on permet aux citoyens de décider de leur alimentation et du système alimentaire qu’ils souhaitent. Il est nécessaire d’assurer une certaine souveraineté alimentaire à la Wallonie pour répondre à un besoin de base : l’alimentation. La production locale, notamment en circuits courts, renforce le lien entre les producteurs et les citoyens.

Les producteurs et tous les maillons de la chaine agro-alimentaire bénéficient du renforcement de la production locale et de la structuration de filières qui leur assurent un revenu équitable pour leur travail.

Enfin, le maintien de l’agriculture en Wallonie assure le bien-être de toute la société, non seulement au niveau alimentaire mais aussi par le maintien des paysages et de la biodiversité, notamment.

A propos

Le 18 novembre 2025, le Collège des Producteurs – sous la bannière Celagri – a organisé une après-midi de réflexion autour d’une question centrale :
« Pourquoi, pour qui encore produire en Wallonie ? »

Une centaine de professionnels de l’agriculture, de la transformation, de la recherche, des filières, de l’économie étaient réunis pour réfléchir à l’avenir des filières agricoles wallonnes.

Catherine Bauraind — Chargée de mission Bovins Laitiers
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