Retour de la conférence Marchés mondiaux de la viande de l’Idele de juin 2026.
Une production mondiale en hausse, malgré un cheptel en ralentissement
En 2025, la croissance du cheptel mondial (bovins et buffles) a marqué le pas, mais la production de viande bovine a continué de progresser, portée par une augmentation des abattages. Cette tendance reflète une décapitalisation du cheptel dans plusieurs régions, notamment au sein du Mercosur, où la réduction des troupeaux alimente mécaniquement les volumes de viande produits.
Les principaux bassins de production en hausse sont le Mercosur (Brésil en tête), l’Australie, ainsi que la Chine et l’Inde. À l’inverse, l’Amérique du Nord (surtout les États-Unis) et l’Union européenne à 27 ont vu leur production reculer l’année dernière.
Le Mercosur, moteur des flux internationaux
Le Mercosur confirme son statut de premier exportateur mondial, avec une production estimée à 15,5 millions de tonnes équivalent carcasse (Téc) en 2024, en hausse de 5 % par rapport à 2023 et de 16 % par rapport à 2022. Cette performance s’explique par un cycle de décapitalisation entamé en 2023, réduisant le cheptel à 253 millions de bovins tout en dopant les abattages.
Le Brésil, entre élevage à l’herbe traditionnelle et développement des feedlots
Le Brésil incarne bien la dualité des modèles de production présents dans le Mercosur ; d’une part, une production extensive avec naissage et finition à l’herbe (modèle restant majoritaire et, d’autre part, une croissance importante de la finition en feedlots.
La montée en puissance des feedlots vise à répondre à la demande des marchés exigeants sur la qualité de la finition (UE, États-Unis). Le nombre d’animaux en feedlots est passé de 4-5 millions en 2020 à 8,5 millions en 2025, soit une croissance annuelle moyenne de 8 %. Aujourd’hui, 20 à 25 % de la production nationale proviennent de ces structures, avec 2 000 feedlots recensés, dont 62 % concentrent plus de 10 000 têtes. On parle donc d’acteurs avec une taille importante et spécialisés.
L’UE, un marché de niche pour le Mercosur mais ciblé par les exportateurs.
L’Union européenne, bien que marginale en volume, devient un débouché stratégique et rémunérateur pour le Mercosur comme en témoignent les hausses de volumes exportés par le Mercosur dans l’UE en 2025.
- Brésil : +64 % d’exportations vers l’UE en 2025 (154 000 Téc).
- Argentine : +14 % (79 000 Téc).
- Uruguay : +45 % (70 000 Téc).
Le marché européen est intéressant en termes de prix pour les exportateurs et c’est aussi un gâche de qualité d’arriver à exporter dans l’EU.
La Chine, entre saturation et protectionnisme
La Chine, premier importateur mondial, représente un tiers de la consommation de viande bovine importée. Face à la pression sur son marché intérieur et à la concurrence pour les producteurs locaux, Pékin a instauré un système de quotas pour limiter les importations, calculés sur la moyenne des importations entre mi-2021 et mi-2024 :
- Dans le quota : droits de douane de 12 % (10 % supplémentaires pour les États-Unis).
- Hors quota : droits de douane de 55 % (donc 65 % pour les États-Unis).
Cette mesure vise à protéger les éleveurs chinois, mais elle pourrait rebattre les cartes des flux mondiaux en 2026, année où une baisse de la production mondiale est attendue – à l’exception de l’Amérique du Nord, portée par le Mexique (en raison d’une forte diminution des exportations de bovins vivants vers les États-Unis pour des raisons sanitaires).
Perspectives 2026 : entre inflation, droits de douane et accords commerciaux
Plusieurs incertitudes pèsent sur l’équilibre offre/demande au cours de l’année 2026 (même si celle-ci est déjà bien entamée) :
- L’inflation touche tous les pays et pourrait freiner la consommation, surtout dans les marchés émergents.
- La politique douanière de l’administration Trump. La demande reste soutenue aux USA malgré la flambée des prix aux consommateurs, mais l’impact des droits de douane annoncés (si confirmés) pourrait perturber les importations.
- En Chine, les quotas vont-ils réorienter les flux brésiliens vers d’autres marchés (UE, Asie du Sud-Est) ? Ou le différentiel de prix du Mercosur permettra-t-il de maintenir les exportations vers la Chine, malgré les surtaxes car ces viandes restent fort compétitives ?
- Dans l’Union Européenne, l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avec le Mercosur (1er mai 2026) pourrait accélérer les importations de viande sud-américaine, au risque de tensions avec les éleveurs européens.
En conclusion : un marché mondial de la viande en pleine mutation
Le marché mondial de la viande bovine est en pleine reconfiguration :
- Le Mercosur confirme sa domination, avec une production en hausse et une modernisation accélérée (développement des feedlots, augmentation et recherche de la qualité pour répondre aux marchés exigeants).
- La Chine joue la carte du protectionnisme, ce qui pourrait redessiner les flux vers l’UE ou d’autres régions.
- L’UE et les États-Unis restent des marchés clés, mais sous pression (inflation, droits de douane, concurrence).
2026 s’annonce comme une année charnière, où les politiques commerciales (quotas, accords, taxes) pourraient bouleverser les équilibres établis ces dernières années.
Quentin Legrand — Chargé de mission Viande Bovine
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