Analyse du marché de la viande bovine européenne en 2025 et perspectives 2026 par l’Idele et la Confédération Nationale de l’Elevage

2025, une année de rupture : l’offre s’effondre, les prix s’envolent

L’année 2025 restera marquée par un déséquilibre historique entre l’offre et la demande de viande bovine dans l’Union européenne. Plusieurs facteurs ont convergé pour réduire la production abattue de plus de 4 %, à 6,31 millions de tonnes équivalent carcasse (Téc) :

  • Une baisse structurelle du cheptel : le troupeau européen continue de se réduire, limitant mécaniquement les volumes disponibles.
  • Des aléas sanitaires : depuis fin 2023, les maladies vectorielles (notamment la fièvre catarrhale ovine, FCO) ont perturbé la reproduction, réduisant les naissances de bovins et la disponibilité en jeunes bovins et veaux de boucherie. La fertilité des femelles et les rendements laitiers ont également été affectés, ce qui a limité les abattages de vaches laitières malgré une conjoncture laitière favorable jusqu’à l’automne.
  • La bonne santé du secteur laitier a incité les éleveurs à conserver leurs animaux pour la production de lait plutôt que pour la viande.

Il a résulté de ces différents facteurs une rareté de l’offre qui a déclenché des enchères entre abatteurs, faisant exploser les prix à la production. Les cours des jeunes bovins ont battu record sur record dans les différents Etats-Membres, permettant aux engraisseurs de répercuter la hausse du prix d’achat du maigre. Mais cette flambée des prix a fini par asphyxier la demande.

La consommation en recul, victime de l’inflation

La consommation de viande bovine dans l’UE-27 a reculé de 2 % en 2025, à 6,22 millions de Téc. Après un début d’année soutenu, la demande s’est essoufflée à l’automne, sous l’effet de la hausse des prix en rayon, inévitablement répercutée sur le consommateur. Les ménages européens, déjà confrontés à une inflation généralisée, ont réduit leurs achats ou se sont tournés vers des protéines alternatives.

Les flux intra-européens s’intensifient, les exportations s’effritent

Malgré la baisse de production, 40 % des volumes abattus dans l’UE-27 ont été échangés entre États membres en 2025, soit une intensification des flux intra-communautaires. Cette dynamique de croissance des échanges entre Etats-Membres s’explique par :

  • La restructuration des circuits de distribution, avec une concentration accrue des abattages et de la découpe dans certains pays.
  • L’arrivée croissante de viande de pays tiers, qui transite souvent par des hubs logistiques comme Rotterdam (Pays-Bas) avant d’être redistribuée dans l’UE en passant une ou plusieurs frontières.

Les champions de l’export intra-UE

Six pays concentrent 75 % des volumes exportés au sein de l’Union :

  • Pays-Bas : 506 000 Téc, principalement de la viande de veau et de la viande découpée (y compris des produits importés de pays tiers).
  • Pologne : 436 000 Téc. La viande polonaise est principalement issue de l’engraissement de jeunes bovins issus du troupeau laitier.
  • Allemagne : 319 000 Téc.
  • Irlande : 221 000 Téc (auxquels s’ajoutent 161 000 Téc exportés vers le Royaume-Uni).
  • Espagne : 210 000 Téc.
  • France : 198 000 Téc.

À l’inverse, les exportations hors UE se sont effondrées en raison de la faiblesse de l’offre, des prix trop élevés pour rester compétitifs sur les marchés tiers et la fermeture de marchés pour raisons sanitaires.

Les importations explosent, portées par le Mercosur et les accords commerciaux

Pour combler le déficit d’offre, l’UE a massivement augmenté ses importations en 2025, une hausse de 18 % a été mesurée pour un total de

459 000 Téc. Quasiment toutes les origines sont concernées ;

  • +37 % depuis le Brésil (120 000 Téc).
  • +19 % depuis l’Argentine (82 000 Téc).
  • +36 % depuis l’Uruguay (60 000 Téc).
  • +6 % depuis le Royaume-Uni (109 000 Téc).
  • +30 % depuis la Nouvelle-Zélande (7 000 Téc), grâce à l’accord de libre-échange entré en vigueur le 1er mai 2024.
  • +12 % depuis l’Australie (9 000 Téc).

2026 : l’accord UE-Mercosur change la donne… mais pas sans tensions

Depuis le 1er mai 2026, l’accord de libre-échange avec le Mercosur est appliqué, ouvrant la voie à une nouvelle hausse des importations. Cependant, l’UE a annoncé le 12 mai 2026 la suspension des importations de viande brésilienne à partir de septembre, en raison de l’usage d’antibiotiques facteurs de croissance dans l’élevage au Brésil. Un accord a également été signé avec l’Australie, mais sa date d’application reste indéterminée.

Perspectives 2026 : vers une dépendance accrue de l’Europe aux importations ?

En 2026, la tendance devrait se poursuivre et l’on prévoit ;

  • Une production en baisse : la décapitalisation du cheptel continuera de peser sur les volumes abattus.
  • Des importations en hausse : stimulées par l’accord UE-Mercosur, malgré les tensions sanitaires.
  • Des prix élevés mais en légère détente : l’essoufflement de la demande a permis une baisse des cours en début d’année, mais ceux-ci resteront structurellement élevés en raison de la rareté de l’offre.
  • Des exportations limitées : les prix européens resteront trop élevés pour être compétitifs sur les marchés tiers.

En conclusion : la production bovine européenne est à la croisée des chemins

L’Union européenne fait face à un dilemme. D’un côté, la baisse structurelle de la production et les aléas sanitaires poussent à une dépendance accrue aux importations, notamment en provenance du Mercosur et de l’autre, les tensions commerciales (suspension potentielle des importations brésiliennes) et la volatilité des prix menacent la stabilité du marché.

2026 sera une année test : l’UE parviendra-t-elle à concilier sécurité sanitaire, approvisionnement et compétitivité ? Ou assistera-t-on à une accélération de la désindustrialisation de la filière bovine européenne ?

Quentin Legrand — Chargé de mission Viande Bovine
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