Dans le cadre du concours Agriculteurs de Valeur 2026, le Collège des Producteurs vous présente Julian Kinard, lauréat dans la filière avicole.
Julian Kinard, La Poule Qui Roule : un élevage bio de Coucou de Malines entre biodiversité, coopération et autonomie
Avec La Poule Qui Roule, Julian Kinard maîtrise l’ensemble de sa chaîne de valeur, de l’élevage jusqu’à la commercialisation. Son exploitation est unique en Wallonie : un élevage biologique de volailles de chair de race rustique le « Coucou de Malines », à croissance lente, conduit dans des poulaillers mobiles autoconstruits.
Présentation de l’exploitation
→ Installation en 2018, 30 ans, Froidefontaine, Barsy
→ 1,5 ha
→ Agriculture biologique
→ 6 loges de poussins et 8 poulaillers mobiles autoconstruits (240 poulets/poulailler, soit près de 3 360 places)
→ Race : Coucou de Malines
Pilier environnemental : un élevage extensif qui mise sur la biodiversité et le bien-être animal
Pourquoi avoir choisi ce mode d’élevage ?
La plus-value de mon élevage repose sur un mode de production bio et extensif, avec une race particulièrement rustique et 100 % belge : le Coucou de Malines.
J’élève mes poulets pendant 84 jours, contre 70 jours dans les filières organisées. Cette durée d’élevage plus longue apporte une qualité de viande très différente : une chair tendre, juteuse, fine et peu grasse.
Mon exploitation se démarque par des bâtiments plus petits et une optimisation des parcours extérieurs, avec une attention particulière portée aux plantations : une centaine de fruitiers, 150 noisetiers, des plantes aromatiques et, plus récemment, des haies.
La rotation des parcours est réalisée au sein d’un même lot de volailles en production, ce qui permet de maintenir une couverture herbeuse permanente. Ces parcours contribuent également à une alimentation diversifiée des volailles et à une meilleure protection contre les maladies.
D’un point de vue environnemental, ces prairies constituent un écosystème riche et varié. En matière de bien-être animal, les poulets explorent l’entièreté du parcours dès leur plus jeune âge, ce qui favorise leur comportement naturel. Cette approche s’inscrit dans une logique « One Health ».
Pilier social : une ferme collective basée sur l’entraide et les circuits courts
Votre ferme s’inscrit dans une dynamique collective. Comment cela se traduit-il ?
La ferme Froidefontaine réunit plusieurs producteurs, transformateurs et porteurs de projets qui se sont regroupés sur la ferme, chacun avec une activité différente : maraîchage, céréales dont blé ancien et épeautre panifiable, élevage de brebis et transformation du lait, cidrerie, agroforesterie et poulaillers mobiles.
Cette diversité est une richesse en termes d’échanges, d’entraide et de liens forts autour de valeurs communes : les valeurs sociales, le bien-être animal, la nature et la biodiversité.
Les collaborations se concrétisent également au quotidien. Les vergers voisins des poulaillers sont nettoyés grâce à la présence des poulets qui mangent les insectes. Je reprends les céréales de mon voisin pour l’alimentation de mes poulets et je lui cède les fumiers pour ses cultures.
En 2022, je suis devenu coopérateur du Petit Abattoir Coopératif à Rhisnes (PAC), avec la volonté d’aller jusqu’au bout de l’accompagnement de mes animaux, en étant présent sur la chaîne d’abattage.
Le groupement d’employeurs mis en place par la Fabrique Circuits courts, qui héberge l’abattoir, permet aux éleveurs d’être aidés par des ouvriers tout en conservant la maîtrise du processus.
Pilier économique et résilience : maîtriser toute la chaîne, du poussin au produit fini
Quel a été le principal défi dans le développement de votre activité ?
Le point le plus difficile du projet a été la partie relative aux débouchés, que j’assure moi-même auprès des restaurants, petits magasins et boucheries.
J’ai dû me former pour démarcher mes clients le plus efficacement possible, en créant des événements pour attirer les clients et en racontant l’histoire de mes poulets : du poussin d’un jour arrivé à l’élevage, je maîtrise toutes les étapes jusqu’à l’abattage de mes volailles.
Cette maîtrise de l’ensemble du processus est un élément essentiel de mon modèle.
Avez-vous développé des solutions pour mieux valoriser vos volailles ?
En découpe, les filets partent très facilement, mais les cuisses sont plus difficiles à valoriser.
J’ai donc mis en place une collaboration avec un artisan-boucher afin de transformer les cuisses désossées en différents produits : saucisses, boulettes et burgers.
Je réalise également des dons à une épicerie solidaire issue d’une ASBL qui accompagne des personnes en situation de handicap lorsque j’ai trop de stock.
De quoi êtes-vous particulièrement fier aujourd’hui ?
Je suis fier de voir mes poulets profiter au maximum des parcours et, une fois arrivés à l’abattoir, de constater que mes animaux sont bien finis et que la qualité du produit est assurée.
Je suis également fier d’avoir continué à croire dans mon projet depuis le lancement de mon activité en 2018 et de ne pas avoir baissé les bras lors des moments plus difficiles, notamment après la faillite d’un client qui prenait de gros volumes chez moi.
Les retours positifs de mes clients sont aussi une grande satisfaction. Par exemple, My Burger ne prend désormais plus que chez moi ses hamburgers de volailles.
A propos de La Poule qui Roule
Elevage de poulets bio dans des bâtiments mobiles, vente aux particuliers, restaurants,.. Qualité, bien-être animal, petite structure, sont les maîtres-mots dans cet élevage à taille humaine.
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