Introduction
Un projet ancré dans les réalités du terrain
En Wallonie, la filière viande bovine traverse une période charnière. Depuis trente ans, le cheptel et le nombre d’éleveurs allaitants ne cessent de diminuer, tandis que les craintes d’une pénurie de bovins gras pour approvisionner les marchés locaux et nationaux s’intensifient. Face à ce constat, le projet « Encadrement d’éleveurs wallons souhaitant développer l’élevage et l’engraissement de leurs bovins », lancé en juin 2024 et prolongé jusqu’à décembre 2025, s’est donné pour mission de renforcer la structuration, la durabilité et la performance économique de la filière.
Porté par Elevéo et le Collège des Producteurs, ce projet a combiné accompagnement technico-économique, mise en réseau des acteurs et développement d’outils innovants pour aider les éleveurs à évaluer la pertinence de l’engraissement dans leur exploitation. L’enjeu ? Créer de la valeur ajoutée, maîtriser les coûts, et sécuriser des débouchés commerciaux variés, tout en répondant aux attentes d’un marché en constante évolution.
Les objectifs : accompagner, outiller et connecter
Un contexte économique en mutation
En Wallonie, seulement un tiers des bovins viandeux sont engraissés dans un cycle fermé, c’est-à-dire sur la ferme où ils sont nés. Les deux tiers restants sont envoyés en Flandre, exportés ou perdus avant l’abattage. Pourtant, l’engraissement offre des opportunités majeures :
- Une meilleure valorisation économique des animaux, grâce à une maîtrise accrue de la qualité et des coûts.
- Un accès à des débouchés diversifiés : vente directe, bouchers, grossistes, grandes surfaces, ou encore collectivités et restaurateurs.
Cependant, cette pratique implique aussi des risques financiers (trésorerie, mortalité) et une complexité accrue en termes de gestion technique et commerciale. D’où la nécessité d’un accompagnement structuré, capable de guider les éleveurs dans leurs choix.
Une enquête pour mieux appréhender les attentes du terrain
Deux axes d’action ont été activés pour répondre aux besoins identifiés dans l’enquête auprès des éleveurs
- Développer des outils concrets :
- Création d’un bilan de sortie, un tableau de bord personnalisé pour évaluer la productivité et la rentabilité des animaux.
- Mise en place d’un indicateur clé : les euros produits par jour de vie, permettant de comparer la performance des animaux et d’orienter les décisions de réforme ou d’engraissement.
- Organiser des espaces d’échange :
- Les « Rencontres de l’engraissement », des événements réunissant éleveurs, chevilleurs et acheteurs pour favoriser le partage d’expériences et la création de liens commerciaux.
Le bilan de sortie : Un outil innovant pour piloter la rentabilité
Le bilan de sortie est un document automatisé, accessible via my@wenet, qui permet aux éleveurs de visualiser en un clin d’œil :
- La productivité de leurs animaux (poids, nombre de veaux, âge à la réforme, intervalle entre vêlages, etc.).
- La rentabilité (prix de vente, euros produits par jour de vie, marge brute).
L’indicateur phare : Les euros produits par jour de vie
Cet indicateur,
permet d’évaluer la rentabilité réelle de chaque animal. Par exemple :
- Une vache réformée à 23 mois, avec un intervalle vêlage – vêlage de 395 jours et 4,5 veaux produits, génère 3,35 € par jour de vie.
- Une vache réformée à 40 mois, avec un intervalle vêlage – vêlage de 417 jours, ne génère plus que 2,05 € par jour de vie.
En pratique : Cet indicateur aide les éleveurs à identifier les animaux les moins rentables et à ajuster leurs décisions de réforme ou d’engraissement en conséquence.
Un outil accessible et évolutif
Le bilan de sortie est disponible pour tous les éleveurs membres d’Elevéo, en version gratuite de my@wenet. Les données nécessaires (poids, prix de vente, nombre de veaux) peuvent être encodées a posteriori, offrant une grande flexibilité. Un outil d’encodage permet également de compléter les informations manquantes, garantissant ainsi la précision des analyses.
Les Rencontres de l’engraissement : Créer du lien et partager les bonnes pratiques
Un format fédérateur et inspirant
Pour favoriser les échanges entre éleveurs, chevilleurs et acheteurs, le projet a organisé quatre « Rencontres de l’engraissement », rassemblant 250 participants au total. Ces événements avaient pour objectif de :
- Partager des retours d’expérience à travers des témoignages d’éleveurs engraisseurs.
- Débattre des enjeux économiques (prix, débouchés, techniques d’engraissement).
- Faciliter les contacts entre éleveurs et acheteurs, pour créer des opportunités commerciales concrètes.
Des témoignages vidéo pour inspirer et guider
En amont des rencontres de l’automne, des éleveurs ont accepté de partager leur expérience en vidéo :
- Benoit et Antoine Billa (La Roche-en-Ardenne) et Sébastien Geens (La Bruyère), éleveurs de Blanc Bleu (et Wagyu pour Sébastien).
- Carl Lothaire (Paliseul) et Simon Leriche (Tenneville), éleveurs de Limousins bio (et Angus pour Simon).
Leurs enseignements clés :
- Engraisser est souvent plus rentable que d’augmenter le nombre de vêlages, à condition de maîtriser les coûts et de bien capitaliser.
- L’autonomie fourragère et la gestion des rations sont essentielles pour limiter les dépenses alimentaires.
- Les filières de qualité différenciée (bio, circuits courts, coopératives) offrent des débouchés plus stables, mais demandent un investissement en temps et en énergie.
- Le suivi des données (poids, croissance, santé) est crucial pour optimiser les performances.
Découvrez leurs témoignages en vidéo
Sébastien Geens
Sébastien Geens et son frère sont éleveurs-engraisseurs d’un troupeau de plus ou moins 240 animaux BBB et quelques Wagyu à Villers-lez-Heest. Les animaux sont directement commercialisés via leur propre point de vente, la « Boucherie Originelle » et via quelques restaurants
Carl Lothaire
Carl Lothaire est éleveur-engraisseur d’un troupeau de plus ou moins 240 animaux en Limousin Bio à Maissin. La totalité de ses animaux sont écoulés via une coopérative qui fournit une enseigne de grandes surfaces. Convaincu par son système, il apporte de l’importance au choix du débouché et à la relation avec le consommateur.
Benoit et Antoine Billa
Ferme Billa, Benoit, son épouse et son fils Antoine sont éleveurs-engraisseurs d’un troupeau de plus ou moins 400 animaux BBB à la Roche-en-Ardennes. Tous les bovins sont engraissés et commercialisés en circuit court via une coopérative.
Simon Leriche
Simon Leriche et ses parents sont éleveurs-engraisseurs d’un troupeau de plus ou moins 160 animaux en Limousin Bio à Tenneville. Simon apporte une grande importance à l’autonomie fourragère de son exploitation et commercialise les animaux gras via un négociant.
Mise en réseau et débouchés commerciaux : Faciliter l’accès au marché
Un catalogue d’acteurs pour sécuriser les ventes
37 opérateurs (coopératives, grossistes, chevilleurs) en quête de bovins gras ont été rencontrés pour analyser la demande en bovins gras. 17 acteurs ont été rencontrés en détail, et leurs coordonnées ont été partagées avec les éleveurs intéressés. Ces échanges ont permis de :
- Mieux comprendre les attentes des acheteurs (critères de qualité, volumes, prix).
- Identifier des opportunités commerciales adaptées à chaque type de production (conventionnel, bio, circuits courts).
- Créer un pont entre l’offre et la demande.
Un accompagnement vers la commercialisation en circuit court
Une séance d’information organisée avec Diversiferm a permis à une quinzaine d’éleveurs de découvrir les modalités de vente directe (colis, boucherie à la ferme, partenariats avec des restaurateurs). C’est une demande qui avait été exprimée par une partie des répondants à l’enquête. Ces échanges ont souligné l’importance de :
- Bien cibler sa clientèle et adapter son offre (qualité, conditionnement, communication).
- Maîtriser les coûts logistiques et administratifs pour garantir la rentabilité.
Les impacts concrets du projet
- Pour les éleveurs :
- Autonomie décisionnelle renforcée grâce à des outils comme le bilan de sortie.
- Accès direct à des débouchés diversifiés et sécurisés.
- Montée en compétences via les formations et les échanges entre pairs.
- Pour la filière :
- Création à terme de références régionales pour comparer les performances ? C’est une demande du terrain qu’il faudrait pouvoir approfondir ;
- Renforcement du dialogue entre producteurs et acheteurs pour valoriser la viande locale.
Les recommandations pour l’avenir :
- Pérenniser les outils :
- Intégration du bilan de sortie dans le conseil technico-économique de routine d’Elevéo.
- Développer une version temps réel de l’indicateur euros/jour de vie.
- Renforcer l’accompagnement via différents leviers ;
- Proposer des parcours personnalisés aux éleveurs s’intéressant à l’engraissement (alimentation, bâtiments, commercialisation).
- Poursuivre l’organisation de Rencontre de l’engraissement.
- Améliorer la collecte de données avec les éleveurs :
- Encourager les pesées régulières et l’encodage des prix.
- Construire des références par race et système d’élevage qui pourront alimenter le conseil.
Conclusion
L’engraissement, un levier de résilience pour les éleveurs wallons
Ce projet a démontré que l’engraissement des bovins en Wallonie peut être un véritable levier de rentabilité, à condition d’être bien accompagné et outillé. Les outils développés et les espaces d’échange (Rencontres de l’engraissement) ont permis de clarifier les enjeux économiques et de créer des synergies entre les acteurs de la filière.
La clé du succès ? Des données fiables, un réseau solide et une vision à long terme.
Pour aller plus loin :
- Testez le bilan de sortie sur my@wenet.
- Visionnez les témoignages d’éleveurs (liens ci-dessus).
- Participez aux prochaines Rencontres (informations à suivre via Elevéo et le Collège des Producteurs).
Engraisser, oui… mais pas à n’importe quelles conditions ! » Avec les bons outils et un accompagnement adapté, chaque éleveur peut optimiser sa production et sécuriser la valorisation de ses animaux.
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Quentin Legrand — Chargé de mission Viande Bovine
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